Archive pour avril, 2009

Sans coup de feu et sans faire de blessé.

joueurs-table

« Vers minuit et quart, je suis entré dans le casino quand le braquage a eu lieu. Au début, j’ai cru à une bagarre près des machines à sous, tout le monde était affolé, même les gens de la sécurité. Mais ce n’était pas ça. J’ai vu un homme cagoulé, puis tout le monde s’est jeté à terre en obéissant aux ordres donnés». Ghislain, noctambule du samedi soir, n’a pas encore digéré ces quelques minutes, qui ont fait monter si fort son taux d’adrénaline. En effet, trois braqueurs cagoulés et armés jusqu’aux dents, ont fait trembler l’établissement des bords de l’Arve. Dans la nuit de samedi à dimanche, le casino comptait une centaine de personnes occupées à jouer aux machines à sous, quand la scène s’est produite.

Il n’a pas fallu plus de temps pour semer la panique. Les trois hommes sont rentrés en courant, menaçant le personnel et les joueurs, avec des armes de gros calibre: fusil à pompe, Kalachnikov et pistolet automatique. Un autre homme les attendait à l’extérieur, dans une BMW. Ils se sont dirigés vers les caisses, où les clients changent leur argent contre des jetons pour jouer aux machines à sous. Ils ont tendu un sac et en dix secondes, il s’est rempli de coupures. Le butin de l’opération s’élève à 30 000 €. À l’intérieur, les clients obtempèrent. Ghislain entend des cris et comme d’autres, il se faufile vers les toilettes. Le temps parait interminable. Mais l’orage finit par passer.

Quand il réalise que le cauchemar est fini, Ghislain regagne les caisses. Il veut rendre les jetons, reprendre son argent et rentrer chez lui. Pendant une dizaine de minutes, elles sont fermées. Il dépense l’argent comme il l’avait prévu. Petit à petit, l’esprit du jeu réapparait. Les joueurs reviennent s’asseoir autour des babasses. Incroyable, tout continue comme s’il ne s’était rien passé. Pendant ce temps, les malfrats prennent la direction de Lyon par l’autoroute. À Archamps, ils brûlent la voiture. Le casino d’Annemasse a connu samedi soir son quatrième hold-up en cinq ans ans. La police judiciaire d’Annecy confirmait hier qu’un seul d’entre-eux avait été élucidé. Régis Descamps, directeur de l’établissement les a tous vécus. Pour lui, ce hold-up éclair a été le plus impressionnant.

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«guerre des casinos»

Ce n’est pas une «guerre des casinos» déclarée, mais ça y ressemble. Dans les milieux économiques comme dans les milieux syndicaux, l’annonce faite cette semaine par les firmes françaises Barrière et Accor Casinos de leur prochaine fusion en vue de créer «un groupe de tout premier plan dans le secteur des casinos» suscite des remous. D’abord, elle entraînera la chute de Partouche dans son rôle de leader, au terme d’une concurrence effrénée sur le marché européen. Ensuite, la nouvelle entité frappe par sa dimension imposante: le Groupe Lucien Barrière dirigera 37 casinos, parmi lesquels ceux de Deauville, d’Enghien, de La Baule, de Bordeaux, de Biarritz, de Nice, mais aussi de Montreux, Fribourg et Courrendlin (JU), soit environ 5000 machines à sous. La catégorie «hôtels de luxe» est aussi importante avec 13 établissements, l’activité de restauration ou la célèbre enseigne Le Fouquet’s des Champs-Elysées, à Paris. Qui dit mieux?

Pour gérer tout ce patrimoine de renommée internationale, une alliance: le Groupe Lucien Barrière sera détenu à 51% par la famille Barrière Desseigne et à 34% par Accor Casinos. Les 15% restants reviennent à Colony Capital, le fonds d’investissement américain injectant 100 millions d’euros – plus du dixième du chiffre d’affaires cumulé en 2003 – pour renforcer la structure financière. Un mariage «nécessaire» entre les deux géants de l’hôtellerie et du divertissement, qui invoquent aujourd’hui l’argument de la rentabilité, la réduction de l’endettement net du groupe Accor ou la réduction des coûts de fonctionnement pour justifier leur décision.

Au siège d’Accor à Paris, un porte-parole se borne à expliquer que l’opération sera «effective dans 4 à 5 mois» et qu’elle «permettra entre autres de faire des économies sur l’achat de matériel». Mais derrière la vitrine grandiose des palaces et des casinos de luxe, se profile une réalité moins alléchante: celle des salariés. Qu’il s’agisse des casinos dirigés en France, en Belgique ou en Suisse, les conditions de travail précaires ont plus d’une fois alerté les milieux syndicaux. Voire débouché sur des grèves. Certains observateurs s’inquiètent des retombées à l’avenir de la nouvelle alliance sur le personnel.

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Recul des activités

7-goldCe lundi ou demain au plus tard, Accor saura s’il doit racheter à Colony Capital sa participation de 15 % dans la maison du jeu du groupe Barrière, ou si le fonds décide de reporter cette transaction d’un an. Il semble logique que Colony profite de la fenêtre de sortie qui lui est ici offerte : au bout de quatre ans, il pourrait réaliser une plus-value de l’ordre de 15 à 20 %. Pour concrétiser cette transaction, le fonds d’investissement américain n’a même pas besoin de faire valoir sa position de premier actionnaire d’Accor (il contrôle 30 % de son capital avec Eurazeo). Le groupe hôtelier s’est engagé en 2003 sur cette option d’achat (put).

La balle est donc dans le camp de Colony. Sébastien Bazin, le responsable du fonds en Europe, est en ce moment au siège américain pour décider avec le comité d’investissements s’il exerce ou non son option. Il devrait faire connaître sa décision mardi dans la journée. Dans l’affirmative, il demandera aussi au groupe Barrière le remboursement d’un prêt de 100 millions d’euros consenti sous forme d’obligations remboursables en actions. Les deux opérations sont liées depuis l’origine.

Si l’option de vente est exercée, Accor, déjà actionnaire de Barrière, se retrouvera avec une participation de 49 % du capital, face à la famille Desseigne, qui conservera une majorité de 51 % dans le capital de l’exploitant de casinos. Récemment, le président du groupe Accor, Gilles Pélisson, n’avait pas caché son intention de revendre dès qu’il le pourrait cette participation non stratégique dans un secteur qu’il juge « en grande difficulté ». Le secteur des casinos de France a essuyé un recul de 10 % de son activité l’an passé.

Le coût financier de cette opération est inscrit dans les comptes d’Accor à hauteur de 250 millions d’euros. Ce montant inclut la consolidation de 110 millions d’euros de dettes supplémentaires et un montant de 140 millions correspondant à l’évaluation effectuée en 2003 de la valeur d’acquisition de 15 % supplémentaires du capital de Barrière. Cette dernière ne préjuge pas du prix qui pourrait être retenu. D’autant que, depuis 2003, le groupe Barrière a ouvert de nouveaux établissements à Toulouse et Lille et il vient d’inaugurer un complexe hôtelier de luxe à Marrakech. Le prix d’exercice du put dépendra de pas moins de cinq évaluations, qui viennent d’être réalisées par des banquiers. Les deux estimations extrêmes seront écartées et une moyenne des trois autres sera retenue sur la base de règles fixées dès 2003.

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bagarre pour attirer une clientèle


La vieille lutte de positions à laquelle se livrent depuis des années Accor, Barrière et la famille Partouche semble particulièrement exacerbée aux alentours du lac Léman, qui concentre la plus forte densité de casinos d’Europe. Là, on se bagarre pour attirer une clientèle franco-suisse fortunée (Saint-Julien-en-Genevois, Annemasse, Meyrin, Divonne, Evian, Montreux)… Transposée sur le terrain de l’emploi, cette rivalité des machines à sous fait de nombreuses victimes.

En août dernier, le Syndicat interprofessionnel des travailleuses et travailleurs (SIT) était intervenu pour dénoncer les abus observés dès l’ouverture du casino du Lac à Meyrin (Genève, dirigé par le groupe Partouche): flot d’heures supplémentaires, bas salaires, forte rotation du personnel et recours à une main-d’oeuvre étrangère, majoritairement française… ce scénario de crise est en passe de devenir une habitude. Surtout depuis l’ouverture à Montreux en mars 2003 du plus grand casino de Suisse romande, le seul à détenir la licence A dans la région, exploité par la famille Barrière: il a encore ravivé le jeu de la concurrence.

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